LETTRE À MES HARCELEURS

Format d'article quelque peu spécial sur le blog, aujourd'hui je me livre à vous en revenant sur la dure épreuve de ma vie qu'a été le harcèlement scolaire. J'ai toujours voulu écrire une lettre à tous mes anciens camarades qui m'ont gâché une grande partie de mon enfance et mon adolescence. Cela a été très dur pendant quelques années, de parler de ce chapitre de ma vie... aujourd'hui je vais mieux, et je peux enfin poser ces quelques mots pour pouvoir me libérer d'un sacré poids et, je l'espère, éveiller certaines consciences. Avant de commencer, je voulais vous rappeler que vous n'êtes pas seul.e et que mon histoire ne doit pas vous empêcher d'en parler à des personnes compétentes.


TW : harcèlement, trouble du comportement alimentaire, tentatives de suicide

Je n'étais qu'une enfant, déjà bien handicapée par son trouble de l'anxiété. Dès la maternelle, vous avez commencé à m'embêter. Si je répliquais, c'était moi que l'on punissait et l'auto-agressivité a débuté alors que je n'étais qu'une enfant. Durant les années de primaire, vous avez continué et vos moqueries me hantaient jour et nuit. Mes larmes provoquaient un sourire chez vous, et vos moqueries sur mon apparence m'ont provoqué des troubles du comportement alimentaire. Je n'avais que 8 ans, et vous avez réussi à me faire croire que j'étais trop grosse. Encore aujourd'hui, je peine à me regarder dans le miroir ou à porter certains habits car je trouve toujours que c'est le cas. J'étais l'enfant bizarre, que l'on ne devait pas approcher comme si ma différence faisait de moi une pestiférée. Votre méchanceté a nettement empiré mon trouble de l'anxiété, et j'avais la boule au ventre à chaque fois que le réveil sonnait pour aller en cours. Le seul endroit où je me trouvais bien, c'était dans la nature : la photographie est rentrée dans ma vie, et je pense qu'elle est la raison pour laquelle je suis toujours là aujourd'hui. Je n'étais qu'une adolescente, déjà bien stressée par l'entrée dans un nouvel établissement qu'était le collège. Tant de changements, de bruits, d'agitation... c'était déjà une grande souffrance au quotidien, mais vous avez continué durant toutes ces années à me harceler. Un nouveau trouble est apparu : le trouble de l'anxiété sociale, qui provoquait chez moi une grande introversion et une haine incommensurable de l'espèce humaine. Des marques sur mes bras ont commencé à apparaître, et certains d'entre vous en rigolaient. Arrivée en 4ème, j'ai explosé et j'ai trouvé le courage d'en parler à mes parents et enfin au personnel de mon établissement. Résultat des courses ? Une haine encore plus violente de votre part car j'ai osé parler. Des menaces de mort, des messages pour m'inciter au suicide et à la fin même le personnel de l'établissement a osé répliquer à ma mère que j'inventais tout et "qu'ils n'allaient pas virer 25 élèves pour une seule harcelée". Je ne pensais pas tomber au plus bas, la dépression est apparue dans ma vie et j'allais quotidiennement mal. Je vois une psychologue, pensant qu'elle arriverait à me sortir de là, mais son incapacité a même été dangereuse pour moi. Je décide de me relever, tant bien que mal. Le harcèlement continue, parfois jusqu'à chez moi où vous avez même eu le culot de mal parler à ma mère. Plus rien ne vous faisait peur. Puis un jour, des messages d'excuses... uniquement parce que vos parents vous l'ont demandé, pour ne pas avoir ma mort sur votre conscience. Mais en classe, vous continuiez votre petit jeu. Je n'étais qu'une lycéenne, bientôt adulte, qui découvrait l'amour pour la première fois et je tombe aveuglément dans les mains de deux petits-amis toxiques. J'étais si heureuse de me sentir enfin aimée, que je n'ai pas suffisamment été vigilante. Ma confiance en moi s'est réduite à néant, le harcèlement a continué, encore. Mes problèmes familiaux s'empiraient... mes "ami.e.s" me lâchaient au fur et à mesure "par peur d'être harcelé.e.s à leur tours". J'étais seule, mais la photographie m'a permis de ne rien lâcher. J'ose enfin m'habiller comme je le souhaite et arrive plus ou moins a passer au travers des critiques. Je frôle la lumière dans ces années maussades, quand durant l'année de terminale je tombe malade et je dois absolument manquer les cours plusieurs semaines. Le harcèlement reprend de plus belle, de manière violente, où certaines d'entre vous allaient jusqu'à me suivre dans les WC lorsque je retrouvais un peu de force. Une phobie sociale s'est emparée de moi et je n'osait même plus sortir de chez moi. Je décide, avec ma mère, d'en parler à mon établissement qui me réplique "c'est rien, ils s'amusent". À ce moment-là, ces mots me choquent profondément. Donc je dois accepter votre méchanceté car vous vous amusez ? À quel moment harceler quelqu'un par plaisir, par amusement, est normal ? À aucun moment. Je ne serai jamais revenue en cours. Je décide de redoubler ma terminale, pour repartir sur un bon pied et vous quitter définitivement. Je me rends donc à nouveau dans mon établissement et je remarque les banderoles "STOP HARCÈLEMENT" qui ont fleuri un peu partout. Cela me met en confiance, je vais peut-être pouvoir enfin passer mon bac et faire une croix sur toutes ces années de souffrance que vous m'avez imposées. Mais encore une fois, la malchance est de mon coté. Le proviseur me fait comprendre que j'ai cherché votre harcèlement, dans un sens. Ma mère, outrée, car mon seul tord a été d'être malade, décide de ne pas me réinscrire ici. Je n'aurai pas mon bac par votre faute, car ma phobie sociale étant tellement présente que cela a été presque impossible pour moi de continuer.


Je ne suis qu'une jeune adulte, et je vis encore les séquelles de mon harcèlement. Mais je suis heureuse : j'ai enfin des ami.e.s qui m'apprécient réellement, un fiancé qui m'aime du plus profond de son âme, je vis dans mon appartement et j'ai ma propre auto-entreprise. Vous, êtes-vous vraiment heureu.ses.x ? Quand j'ai croisé certain.e.s d'entre vous, vous aviez ratés votre vie. Je ne souhaite le malheur a personne, ni même à vous malgré votre méchanceté durant toutes ces années, mais le karma est tombé. Rien ne me fera oublier le passé et ce que vous m'avez fait. Ma phobie sociale est toujours présente malgré les années, et mon manque de confiance en moi également. Mais aujourd'hui je vous pardonne. La vie continue pour moi, et dans le bon sens. Je découvre enfin ce qu'est le véritable bonheur après des années de souffrance.

 

STOP HARCÈLEMENT SCOLAIRE


Le ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse met à la disposition des élèves, des familles et des professionnels un numéro pour signaler les situations de harcèlement entre élèves. Il s'agit du 3020, c'est un numéro d'écoute et de prise en charge au service des familles et des victimes.


Ne restez pas seul.e, parlez-en.

 

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