PHOTOGRAPHE ANIMALIER : UN MÉTIER PAS COMME LES AUTRES

Aujourd'hui sur le blog, je réponds enfin aux multitudes de questions qui me sont posées concernant mon métier - peu commun - de photographe animalier. Non, je ne photographie pas les petits chiens mignons avec leurs maîtres mais bien les animaux sauvages, et oui : il s'agit bien de mon métier ! Je vous livre toutes les coulisses de mon travail dans cet article.


ÊTRE PHOTOGRAPHE ANIMALIER

Tout d'abord, je vais répondre à la question qui m'est souvent demandée "Qu'est-ce qu'un photographe animalier ?". Mot à mot, c'est une personne qui photographie les animaux. Mais cela peut concerner autant les animaux domestiques, que les animaux sauvages : voilà pourquoi un grand nombre de photographe animalier, préfère le terme "photographe naturaliste" car cela différencie complètement leur pratique à celle des photographes d'animaux domestiques : pour ma part, je ne photographie que les animaux sauvages. Vous vous en doutez bien, les difficultés ne sont pas les mêmes. Pour être photographe animalier il faut avoir certaines connaissances : d'abord en la faune (c'est primordiale pour pouvoir photographier des animaux sauvages), ensuite en l'éthique à adopter pour éviter le dérangement, bien évidemment en photographie (avoir les techniques de base suffit, sauf si vous souhaitez vous lancer dans la photographie artistique : à ce moment-là il faudra des connaissances en cadrage, composition...) et pour finir dans les techniques d'affût et d'approche. Sans ces connaissances-là, vous dérangerez à coup sûr et vous n'aurez pas de réels résultats.


Le plus important lorsque l'on veut photographier, ou même observer les animaux à l'état sauvage, c'est connaître les bases de l'éthique à avoir. Ce serait trop long de tout vous détailler, alors je vais me contenter de tout vous lister (mais un article complet arrive sur mon blog pro) : ne pas photographier des espèces au nid, réaliser des affûts systématiquement pour les espèces sensibles (Loup gris par exemple), ne pas déranger de manière intentionnelle un animal, éviter les espèces et périodes (reproduction, naissance...) trop sensibles (notamment quand on est débutant), éviter d'utiliser l'approche (sauf pour des espèces peu sensibles comme le bouquetin), ne pas être trop gourmand pendant une approche (et donc maintenir ses distances), ne pas appâter un animal de quelque manière que ce soit (nourriture par exemple), ne pas utiliser la repasse, respecter la réglementation de l'endroit où vous vous situez (réserves naturelles, parcs nationaux...), ne laisser aucune trace de votre présence (déchets, plantes abîmées...), ne pas manipuler/déplacer les animaux, ne pas les tuer/blesser de manière volontaire les animaux (oui, des "photographes" utilisent cette pratique...). La règle d'or de l'éthique du photographe animalier est de TOUJOURS prioriser la quiétude des animaux à la prise de vue : si on ne peut pas photographier sans déranger, alors on ne photographie pas du tout !

Une question qui revient très très souvent, c'est "qu'est-ce que tu as comme matériel ?". J'utilise le Canon 5D Mark III (qui est un reflex plein format), couplé d'un téléobjectif zoom de la marque Sigma : le 150-600m Contemporary. J'utilise également une tenue de camouflage (ghillie ou bien comme la veste sur ma photo) qui est en accord avec l'espèce (le Bouquetin n'en nécessite pas forcément par exemple), le biotope et la saison (j'ai donc une tenue de camouflage blanche pour l'hiver par exemple) ou bien une tente-affût de la marque Tragopan pour les espèces les plus sensibles.


Autre question qui m'a été posée quelques fois, c'est "qu'est-ce que tu fais en étant photographe animalier professionnelle ?" car oui, c'est mon métier, mais qu'est-ce que ça signifie exactement ? Je vends tout simplement mes images ! La plupart du temps sous forme de tirage d'art (d'ailleurs je suis en pleine précommande, vous pouvez acheter un tirage sur mon site internet en cliquant ici) ou bien parce qu'une structure (comme une mairie ou un office de tourisme) me demande des images pour son site internet.


Si je peux vous donner des conseils pour débuter c'est d'en apprendre le plus possible sur les animaux, se renseigner le plus possible sur les techniques d'affût, se concentrer les espèces et périodes les moins sensibles au début, prioriser les longues focales pour éviter de vouloir être trop proche et enfin, si cela est possible pour vous, de prendre un stage avec un photographe animalier expérimenté. De là, vous apprendrez toutes les bases et il vous manquera juste de l'entraînement pour ensuite vous concentrer sur des espèces très précises qui nécessitent une extrême discrétion ! Mon conjoint en donne, si vous êtes intéressé.e.s n'hésitez pas à le contacter : Stage photo animalière.


CE QUI ME PLAÎT DANS CE MÉTIER

Avec le matériel, c'est la question qui revient le plus souvent : qu'est-ce que j'aime dans ce métier ? La première réponse, la plus évidente selon moi, c'est avant-tout les rencontres. À chaque fois que je croise le regard d'un animal sauvage, qui ne m'a pas vu, le voir vivre en totale quiétude dans la nature... c'est indescriptible. Tout le monde rêverait d'avoir cette chance, et je le comprends tout à fait. Depuis petite, j'ai toujours été attirée par la nature et ses habitants : j'ai commencé par les dessiner et au fil du temps la photographie est rentrée dans ma vie. Capturer ces moments avec mon appareil photo, c'est figer un souvenir, un moment, pour toujours finalement. Le plus difficile est d'arriver à retranscrire les émotions qui nous enivre à ce moment-là : je trouve que les textes rajoutent toujours un gros plus pour immerger le lecteur dans ce moment exaltant...

Si je devais choisir l'image dont je suis la plus fière, c'est bien celle-ci : un Mouflon méditerranéen en silhouette, avec un sublime irisation aux couleurs de l'arc-en-ciel dans une nappe de brume en arrière-plan. Ce jour-là, j'ai pleuré de joie face à ce spectacle. Je ne suis pas hypersensible émotionnellement parlant, mais il y a des moments où les larmes coulent sans même que vous les contrôliez, tellement ils sont incroyables. C'est exactement ce qu'il s'est passé, je me souviens encore avoir du mal à viser dans mon appareil photo avec les larmes floutant ma vision... Dans ces moments-là, le temps passe extrêmement lentement. J'ai cru y passer des heures, alors que la rencontre a duré moins de 2 minutes en réalité. C'est pour ce genre de rencontre que je suis accro à mon métier-passion de photographe animalier.

La rencontre qui m'a le plus marquée, c'était ce jour-là dans la montagne des Apennins en Italie : 3 Loups gris sont passés devant notre affût, l'un après l'autre. Il faut savoir que nous avions passé une semaine entière à se lever à 4h du matin pour partir en affût avant le lever du jour, pour ne pas déranger, pour espérer voir cette espèce si fabuleuse qu'est le Loup gris. Un jeune loup passe, puis un magnifique mâle (celui de la photo) et enfin une très vieille louve qui finit par emporter une carcasse de Cerf élaphe tué quelques jours plus tôt par une meute. Je n'ai jamais ressenti autant d'adrénaline que ce jour-là, toute la journée nous avons eu des étoiles plein les yeux...


LES DÉRIVES DANS LA PHOTOGRAPHIE ANIMALIÈRE

Malheureusement, tout n'est pas tout rose dans la photographie animalière et de nombreux photographes dérivent très facilement... l'exemple le plus flagrant, c'est le dérangement volontaire et les problèmes d'éthique pour avoir une photographie plus facilement et rapidement qu'en respectant l'animal. La repasse notamment, qui peut être une source de dérangement énorme à certaines périodes ou bien les prises de vue au drone qui constitue une véritable catastrophe en terme de dérangement. Des nichées ont été abandonnées à cause de pilotes de drones, ce n'est pas juste une légende pour vous enquiquiner : cela dérange bel et bien. Ou bien des photographes qui appâtent les animaux : par exemple, une photographe des Pyrénées-Orientales (que je ne citerai pas) à appâté volontairement des biches et sangliers pendant plusieurs années et toujours aux mêmes endroits : cela a provoqué un réel changement dans leur comportement, ces animaux ont été des proies bien plus faciles (pour l'Homme notamment) et c'est même devenu une petite attraction touristique lorsque certains photographes ont compris qu'ils pouvaient faire des photos "facilement". Cela n'arrive pas que chez moi, il y a des tonnes d'exemple. J'explique dans cet article pourquoi il ne faut pas nourrir les animaux : à lire ici.


Autre dérive, c'est la compétition qui s'installe entre photographes animaliers : celui ou celle qui photographiera l'espèce la plus rare, la photo la plus artistique, le plus grand nombre d'heures en affût... à tel point que de grandes tensions se créent entre plusieurs photographes au lieu de s'entraider tous entre-nous. C'est bien la raison pour laquelle je déteste le milieu artistique, car la jalousie, la compétition et la méchanceté gratuite règne. Bien évidemment, il y a toujours des photographes au dessus de tout ça (et je pense en faire partie) mais l'ambiance générale est pesante. Le but n'est pas de faire mieux ou plus que les autres, mais de photographier de manière correcte, respectueuse envers la nature et s'entraider entre collègues au lieu de se mettre des bâtons dans les roues. Enfin, tout le monde ne peut pas devenir photographe animalier. Vous l'aurez compris, il ne suffit pas d'aller photographier des animaux sauvages sans aucune base du jour au lendemain pour se proclamer photographe animalier. Ni d'être mieux que tout le monde. Il suffit juste d'avoir les connaissances et l'éthique nécessaire pour photographier les animaux correctement et sans dérangement : le reste, on s'en fiche ! Il faut que votre image vous plaise à vous avant de savoir si elle va plaire aux autres. Toutefois, si vous souhaitez progresser, il va falloir accepter les critiques (constructives, pas la méchanceté gratuite) et ne pas hésiter à prendre des cours ou des stages. C'est un domaine de la photographie très compliqué, que beaucoup rêvent de faire, qui nécessite énormément de temps (notamment pour le repérage), d'investissement et de patience. Sans oublier le poids du matériel qui est loin d'être à négliger...

 

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